Pourquoi les néo-banques ne constituent pas une forte menace pour les banques

Quand on lit les nombreux articles écrits sur l’avenir des banques, on risque souvent de tomber dans une dépression profonde surtout si on est soi-même banquier.

 

Car, si on en croit les grands penseurs de notre société, l’essor des technologies, une règlementation toujours plus contraignante ou encore l’émergence inexorable des néo-banques laissent imaginer et augurer d’un monde sans banque « traditionnelle » demain ! Même si cette idée n’est pas en soi un iconoclasme, la réalité est plus complexe et paradoxalement les néo banques ne me semblent pas constituer la menace la plus sérieuse pour les banques.

 

Rappelons le profil des néo banques et leur modèle économique : une ouverture internationale (N26 couvre déjà 17 pays), une architecture informatique ouverte, une offre simple et réduite et un câblage marqué sur les jeunes. Les plus connus à ce jour étant N26 (allemande), Monzo et Revolut (anglaises) et Orange Bank que nous pouvons ranger dans cette catégorie.

 

Bien sûr les néo banques cassent les codes bancaires classiques et elles donnent aussi un coup de vieux aux banques traditionnelles. Elles imposent aussi progressivement des nouveaux standards sur la gratuité de produits et services ou sur la simplicité d’accès à sa banque.

 

Mais pour constituer une réelle menace, il faudrait que l’une d’entre elles démontre qu’une néo banque peut gagner de l’argent. Car ce sont souvent des puits de pertes pour les actionnaires qui sont soit des fonds soit des banques elles-mêmes.

C’est la raison pour laquelle elles ont souvent comme objectif d’être rachetées rapidement sur des niveaux de valorisation dignes des start-up de la Silicon Valley. Depuis sa dernière levée de fonds, Revolut est désormais une « licorne », moins de trois ans après sa création.

 

 

Par conséquent, au-delà de la pseudo menace des néo banques, l’enjeu des banques est bien celui de leur rentabilité car leur activité commerciale a été bonne voir très bonne sur les cinq dernières années. Oui le problème majeur des banques est bien celui de leur rentabilité notamment sur le retail. Avec des coûts fixes globalement élevés, une diminution régulière du cœur du réacteur d’une banque (la marge nette d’intérêt) et une pression croissante et protéiforme sur les commissions, le PNB des banques est et sera de plus en plus sous pression à l’avenir. Dérégulation, dérèglementation, concurrence accrue et ouverte sur tous les produits et services, révolution en cours dans les paiements… ; autant d’éléments qui mettent sous pression les comptes de résultats. La rentabilité des crédits est à cet égard édifiante : avec l’entrée inédite en territoire négatif des taux d’intérêt en 2014 imposée par la Banque Centrale Européenne, jamais l’activité crédits des banques n’a été aussi dense et sa rentabilité aussi faible. Et comment peut-on gagner de l’argent en prêtant à taux fixe à 1,25 % ou 1,50 % sur 15, 20 ou 25 ans ? Impossible et d’ailleurs la faible rentabilité de l’activité crédits en France est pour l’instant une barrière à l’entrée pour de nouveaux acteurs ; Amazon et les autres GAFA vont-t-ils investir en France dans des activités régulées, à faible marge et nécessitant des services supports considérables ?

Les néo-banques ne s’y trompent d’ailleurs pas. Quasiment aucune ne propose aujourd’hui de crédit immobilier. Le cœur de leur offre tourne autour des paiements, de la gestion de compte (souvent sans possibilité de découvert), quelques produits d’épargne et parfois du crédit à la consommation. Les néo-banques peuvent-elles remplacer les banques traditionnelles sans développer d’offre de crédit complète ?

 

Pour toutes ces raisons, on peut s’attarder à l’infini sur la place qu’occuperont les néo banques demain mais pour moi la question clé est : les banques peuvent-elles encore gagner de l’argent sur leurs activités traditionnelles et être toujours incontournables ? Comment peuvent-elles se transformer, s’adapter à cette nouvelle concurrence tout en étant rentables ?

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