Pourquoi des cyber crises ou des crises souveraines sont désormais plus probables qu’une autre crise

10 ans après la faillite de Lehman Brothers, une nouvelle crise financière de cette ampleur est-elle encore possible ?

 

2008-2018 : 10 années déjà depuis le séisme qui a ébranlé le monde de la finance et qui a conduit à la disparition de nombreuses banques dans le monde. Peut-on affirmer aujourd’hui qu’un tel cataclysme ne peut plus se reproduire et que les leçons ont été tirées ?

 

Rêver d’un monde sans crise est une douce utopie malheureusement… mais les risques peuvent désormais être d’une nature différente.

 

Avant d’aborder la question de la métamorphose des risques systémiques, la première question posée est celle de la solidité des banques. Sont-elles plus fortes et potentiellement plus résistantes à une autre crise majeure ? Incontestablement !Le système bancaire est plus robuste. Les banques ont réduit leur taille de bilan, renforcé leurs fonds propres et leurs liquidités. En Europe, un fonds de résolution a été créé et il sera doté en 2023 de 55,7 milliards d’euros apportés par les banques européennes. En France, selon l’ACPR, le régulateur français, le core tier one des banques françaises (les fonds propres « durs ») est passé de 5,8 % en 2008 à 13,8 % en 2017 ! En Europe, s’il subsiste des zones de fragilité, on peut penser que la faillite d’une banque pourrait être gérée sans risque de contagion majeur par la BCE (Banque centrale européenne) et les banques centrales nationales. Par ailleurs, la crise de 2008 a renforcé le rôle de la BCE dont la force de frappe et la puissance de la supervision sont équivalentes à celle de la FED (le superviseur américain) aujourd’hui, ce qui est un gage de réassurance pour nos économies.

 

Si le risque bancaire en Europe parait plus limité, le risque souverain demeure quant à lui très inquiétant quand on observe la courbe des dettes de tous les grands pays. Ce n’est pas qu’un sujet européen. En attestent le niveau de l’endettement américain ou celui du Japon (plus de 20 000 milliards d’euros pour le premier et près de 10 000 milliards d’euros pour le second !). En Europe, l’Espagne mais surtout l’Italie continuent d’inquiéter à juste titre les marchés financiers. Car les 2 300 milliards d’euros de dettes italiennes sont détenus par des Banques Centrales, des fonds d’investissement mais aussi, bien sûr, par les banques et les compagnies d’assurance. On imagine aussi l’effet de domino que cela aurait sur tous les autres pays. On rappellera aussi que la dette française dépasse les 2 200 milliards d’euros.

 

Risques financiers, risques souverains mais aussi risques cyber… Ces derniers représentent, de mon point de vue les risques les plus importants et les moins maîtrisables aujourd’hui. On estime qu’en 2017, les cyberattaques ont coûté près de 500 milliards de dollars aux entreprises. On imagine aisément que ce chiffre pourrait exploser demain, d’autant que la nouvelle génération de hackers s’est mondialisée et dépasse largement les frontières de l’Europe. Cisco a publié une étude technique très intéressante sur ces sujets qui débouchent sur trois conclusions. Tout d’abord, les pirates ont réussi à développer des malwares à un niveau de sophistication sans précédent, avec, par exemple des logiciels malwares à propagation automatique. Ensuite, les « black hats » deviennent de plus en plus adeptes des attaques via les services de Cloud, complexifiant l’identification de leur trafic. Enfin, les hackers exploitent les technologies en pleine expansion pour infiltrer les systèmes d’exploitation. On estime que chaque jour il y a plus de 120 000 cyber attaques dans le monde ! Nous recensons en ce début octobre plus de 33 millions de cyber attaques depuis le début de l’année 2018…

 

Mais restons optimistes : un scénario similaire à celui de Lehman Brothers paraît désormais peu probable. Ce qui n’empêche pas d’être réaliste : les zones de risques se sont déplacées. Le risque souverain est désormais majeur tant les niveaux de dette de certains Etats sont élevés. Enfin, une entreprise et même une économie peuvent être mises à terre, pas seulement à cause d’un effondrement des marchés financiers, mais aussi parce qu’un petit génie des nouvelles technologies s’est donné comme défi de faire plier le système !

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