Les gilets jaunes de novembre 2018 sont-ils si différents des bonnets rouges de 2013 ?

Le mouvement des gilets jaunes est intéressant à bien des égards car il est la traduction d’une évolution sociétale majeure observée sur la dernière décennie : la mobilisation des foules via les réseaux sociaux.

En 2013, un premier mouvement de cette nature était apparu en Bretagne pour réagir contre les mesures fiscales décidées par le gouvernement Hollande afin de sanctionner notamment les transports de marchandises en mettant en place une « écotaxe ».

Si les deux mouvements apparaissent semblables à première vue, ils sont cependant très différents dans le fond. En 2013, le mouvement était clairement politique et syndical. En 2018, nulle trace visible d’une orchestration de cette nature même si les médias évoquent parfois le Front National derrière les gilets jaunes. Mais aucune preuve tangible à ce jour. Par ailleurs, le mouvement des bonnets rouges était régional quand celui des gilets jaunes est national. De plus, via les gilets jaunes, on mesure beaucoup plus l’impact des réseaux sociaux et leur force de frappe rapide dans notre société, avec des effets de contagion spectaculaires.

Toutefois, ces mouvements sont à mes yeux tous deux l’expression de plusieurs éléments distincts. Le premier d’entre eux est le ras-le-bol fiscal des français, exprimé tant en 2013 qu’en 2018. Est-ce surprenant quand on rappelle que la France est championne d’Europe en matière de prélèvements obligatoires, qui ont dépassé la barre des 1000 milliards d’euros en 2017 ? Un niveau qui fait de la France le pays vice-champion du monde des impôts derrière le Danemark ! Une grande partie des riches ayant quitté la France depuis 2012, l’Etat a ponctionné un peu plus les classes moyennes pour compenser cette baisse des recettes fiscales. Tous les gouvernements promettent des baisses d’impôts et des « Grenelle de la fiscalité » mais année après année, les impôts augmentent régulièrement avec un sentiment d’injustice croissant pour les contribuables.

Le deuxième élément est celui d’une rupture consommée entre les peuples et les élites, et pas seulement en France bien sûr. Donald Trump a été élu par une partie de l’Amérique profonde et non par l’establisment de New York ou de Boston. En France, nos ministres continuent de nous dire qu’il faut apprendre à consommer moins et à se passer de voitures. La France des campagnes n’est pas celle dont les contours sont dessinés à Paris par des personnes qui ne connaissent que les beaux arrondissements, les voitures de fonction ou les taxis. Le rejet des technocraties est un mouvement international et la France n’échappe pas à cette évolution.

Le troisième élément est celui d’une auto gestion des peuples qui rejette politique et syndicalisme avec la même force. Les syndicats sont en perte de vitesse depuis plus de 15 ans en France, l’un des pays européens où le taux de syndicalisation est le plus faible : en dessous de 10 % contre 18 % en Allemagne, 25 % au Royaume Uni, 55 % en Belgique et même 82 % en Islande !

Nul besoin non plus de rappeler le dédain des français pour la politique et celles et ceux qui l’incarnent. On notera d’ailleurs que le large renouvellement de l’Assemblée Nationale en 2017 avec En Marche (75 % de renouvellement des députés…) n’a pas, bizarrement, modifié cela.

Insurrection des peuples, rejet de l’ordre public, révolte de celles et ceux qui s’estiment lésés par le système : cela est un tableau qui peut inquiéter car dans l’Histoire, l’exemple récent du Brésil avec la victoire de Jair Bolsonaro nous l’a rappelé en octobre, ce sont toujours les partis extrémistes qui ont profité de ces désordres.

 

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