Ce que sera la banque en 2025

Reprise de mon billet publié par Les Echos dans leur rubrique « Idées & Débats » le 18/09/2015.

L’accélération et l’avènement des nouvelles technologies dans notre quotidien ont bouleversé tous les secteurs d’activité en moins d’une décennie. Aucun secteur n’est épargné et les frontières entre le monde physique et le monde virtuel ont disparu brutalement. Aux révolutions industrielles des XIXe et XXe siècle a succédé une révolution technologique dont on ne perçoit pas encore les limites temporelles.

La banque est bien sûr impactée par cette transformation rapide et violente de notre société et elle doit repenser en profondeur son « business model ». Le défi à relever est considérable. Jamais les banques n’ont été à ce point défiées sur leur « core business ». Aujourd’hui, la compétition est multiple (les Gafa ou autres Visa et MasterCard…) et la menace n’est plus celle d’être attaqué sur son territoire par un nouvel entrant bancaire mais bien d’être fragilisé par des entreprises non bancaires sur les paiements, les flux, l’épargne ou sur les crédits.

Menace d’autant plus forte que je ne partage pas la thèse de ceux qui affirment que le « réglementaire » est une barrière à l’entrée pour un nouvel acteur. Cela peut être un frein, certes, mais jamais une barrière ! Le réglementaire ne doit pas être la ligne Maginot des banquiers, même s’il faut se battre contre ceux qui ne sont pas régulés aujourd’hui et qui peuvent générer une autre forme de risque systémique demain.

Devenues mortelles car non assurées de la pérennité de leurs revenus, les banques doivent se réinventer et relever plusieurs défis. Le défi du numérique et des nouvelles techno­logies bien sûr. La question n’est pas de savoir si les banques vont être impactées par le digital et l’accélération des nouvelles technologies mais comment les utiliser pour faire émerger de nouvelles sources de revenus et des gains de productivité. Donner plus de ­confort et de liberté à ses clients est essentiel, car chacun d’entre nous l’exige à titre personnel.

Pour réaliser cette mutation numé­rico-technologique, les banques ­doivent avant tout « déformater » leur recru­tement pour intégrer des nouveaux profils de la nouvelle économie. Le groupe LVMH ne vient-il pas de recruter l’ancien patron de Beats Music (racheté par Apple en 2014) Ian Rogers ? Et Apple n’avait-il pas débauché l’ancienne patronne de Burberry, Angela Ahrendts, pour redéfinir, notamment, le design de ses produits juste avant de lancer l’Apple Watch ?

Le défi industriel aussi, car les ­banques demeurent de gros « paquebots bureaucratiques » dont il est ­parfois difficile de modifier rapidement la trajectoire !

Simplifier la gouvernance, « débureaucratiser » la banque, réduire sa « comitologie », alléger les process, simplifier les organigrammes, accroître les délégations… La bataille du réglementaire ne doit pas nous faire perdre de vue que nos clients demeurent plus que jamais le cœur de notre stratégie ! La banque doit, par conséquent, accélérer sa mutation industrielle pour améliorer sa productivité, son efficience et in fine son agilité ­stratégique !

Pour gagner tous ces combats, la banque dispose de deux atouts essentiels : sa force de frappe financière et les dispositifs élaborés pour contrer la montée en puissance inexorable, et oh combien inquiétante, de la cybercriminalité.

La puissance financière des banques est facilitatrice pour redéfinir leur profil et recréer de la valeur et elles peuvent, également, constituer une concurrence crédible face aux porte-drapeaux de la nouvelle économie car la banque a une légitimité à être présente partout et sur tout ! Et les millions de clients d’une banque ont autant de valeur que ses fonds propres.

Je suis convaincu qu’en 2025 la ­banque nouvelle sera plus souple, multiforme, numérique, proposera des services multiples associés aux comptes bancaires et le design de ses agences – et même de ses cartes bancaires – sera ­réalisé par une ancienne « grosse pointure » d’un groupe de luxe ! Et la banque aura aussi réussi à créer autour d’elle tout un écosystème d’entreprises de la nouvelle économie dont elle aura ­favorisé l’éclosion et le développement.

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2 Commentaires

  1. S Delomier

    Bravo pour votre article qui est véritablement lucide.
    A voir comment chacune des banques se positionnera et s’adaptera à ce monde en évolution…

    – moins d’agences, mais des agences plus « luxueuses » et design..
    – moins de contacts clients en direct mais des contacts plus qualitatifs à des moments clefs de la vie des clients (naissance, immobilier, retraite, mariage, divorce…), c’est là où il faut que les conseillers deviennent des vrais experts de leurs sujets
    et de vrais conseillers à valeur ajouté…
    – capacité des banques à être agile sur les moyens de paiement innovants (paiement sans contact, par téléphone…)
    – capacité à aller chercher de nouvelles niches d’intermédiation où les fintechs innovent !

    Par exemple,
    – la promotion immobilière, où beaucoup de sites développent ce sujet avec des taux de rendement proposés > à 10%, taux intéressant mais à voir le succès final de l’opération, le risque pouvant être élevé
    – la vente immobilière en réméré, où certains sites de crowdfunding se spécialise sur le sujet…
    en proposant des taux autour de 6-7%…
    Est ce que les contraintes réglementaires des banques permettront d’aller sur ces nouveaux marchés, où d’ailleurs les commissions prises par les intermédiaires sont intéressantes…

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  2. BERTANI Nicola

    Entièrement d’accord sur cette approche de la banque de demain qui se dessine déjà sous nos yeux.

    La pression de « l’uberisation » des services et le retour en force de la prise en compte du FEED-BACK des consommateurs, des clients via les applications qui notent, évaluent et comparent à présent les services concurrents, va obliger à rechercher l’excellence et la différenciation dans chaque secteur d’activité.

    Donc en effet, il faudra miser sur des profils atypiques avec des expériences différentes qu’un parcours 100% du sérail bancaire comme cela a (trop) longtemps été privilégié.
    Christophe Perrotin, DRH du groupe LA MONDIALE me disait la même chose l’autre jour : innover dans le management avec des profils différents, atypiques, de fait le digital sera là pour assurer une partie prépondérante de la technique des forces de vente, il s’agira donc plus de pédagogie, de savoir-être, de capacité d’adaptation à un environnement digital en constante évolution et ce, malgré le règlementaire presque oppressant en banque !

    A titre d’exemple, depuis quelques semaines, une banque américaine teste le prélèvement au guichet automatique SANS CARTE de paiement : via un scan rétinien !!!, qui sera désormais également possible pour payer sur Internet également avec la fonction webcam de nos Smartphone et tablettes ou pc, du fait de la qualité des optiques et de la rapidité de connexion 4G: cela serait une véritable révolution de se passer même de la carte bancaire, et un risque pour les banques qui doivent rivaliser avec des Fintechs de plus en plus aguerries !

    En tout cas merci pour vos article, c’est un plaisir de lire, de partager et d’écrire !

    Nicola (Private Banking at BPCE / Banque de la Réunion)

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