La douleur des maux et le silence des mots

Depuis le 13 novembre dernier, je suis aphone, le regard perdu et groggy, tel un boxeur acculé dans les cordes par son adversaire. Après les horreurs des attentats, mon premier réflexe fut d’écrire un billet. Mais que dire ou écrire, qui n’ait pas déjà été exprimé – et souvent merveilleusement bien – par les proches des victimes ? Comment mettre des mots sur l’indicible et l’indescriptible. 

Et pourtant l’actualité est particulièrement chargée depuis le 13 novembre : l’accord historique de la COP 21 à Paris ratifié par les Américains et les Chinois, la fin de la lune de miel entre les marchés financiers et Mario Draghi, le formidable concert de U2 à Bercy au cours duquel les Eagles of Death Metal – rescapés du Bataclan – sont remontés sur scène, la montée du Front National aux élections régionales (même s’ils n’ont remporté aucune région !) ou encore, sujet plus léger, la paternité de Mark Zuckerberg et sa donation de 45 milliards de dollars à sa nouvelle fondation pour l’enfance… et à sa fille.

Mais le cauchemar du 13 novembre dernier demeure et continue d’occuper mon esprit et mes pensées. L’empathie avec les familles touchées est telle qu’on continue de ressentir un Paris toujours en deuil. Aurélie, Cédric, Guillaume, Isabelle, Juan Alberto… chacune des victimes ou des personnes blessées, pouvait être l’un de nos proches. Je salue d’ailleurs l’initiative du Monde qui publie chaque jour le portrait de l’un d’entre eux.

En janvier dernier, après l’attentat contre le journal Charlie Hebdo, j’ai eu le sentiment que la France venait de recevoir un gros uppercut dans l’estomac. Aujourd’hui, la France a un genou à terre, et chacun d’entre nous, quelques soient nos différences, doit l’aider à se relever.

C’est alors, et seulement après, que le plaisir de boire un verre en terrasse et de réécrire reviendra naturellement, et que les choses futiles et légères reprendront toute leur place dans notre quotidien.

On dit parfois que les mots habillent parfaitement les pensées les plus profondes, et impriment – en certaines circonstances – ce que la parole ne peut faire. Si je partage cette analyse, il y a des moments rares dans une vie où j’ai le sentiment que la parole et les mots sont impuissants à décrire une émotion, à formuler une colère ou à exprimer une simple joie.

Je blogue depuis près de six ans maintenant et pour la première fois, je suis atteint par le syndrome du silence du blogueur…

 

A lire aussi

1 Commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *