Finance : le diktat américain

Diktat américain

Parfois, je me demande si on mesure en France tous les enjeux économiques et financiers de certaines décisions prises aux Etats-Unis, qu’elles émanent de la justice ou d’autres juridictions.

Ainsi la condamnation potentielle de Deutsche Bank a été peu commentée alors qu’on évoque une amende dont le montant pourrait aller jusqu’à 14 milliards de dollars ! Elle rappelle étrangement celle qui avait frappé BNPP (près de 9 milliards de dollars) même si les causes sont différentes (liées aux subprimes pour les allemands et au non-respect des règles d’embargo pour la banque française).

Deutsche Bank et BNPP, deux affaires similaires

Je ne peux m’empêcher de lier ces deux affaires éloignées en apparence. Tout d’abord, au vu des montants en question (même si l’amende de Deutsche Bank n’est pas encore définitive à ce jour) mais aussi parce qu’elles concernent deux banques européennes. Bien sûr, les banques américaines ont payé de très lourdes amendes aux US et on se souvient notamment, de celle payée par Bank of America de 16,5 milliards de dollars ou encore des 23 milliards versés par Citigroup, JP Morgan et Morgan Stanley.

Des différences d’application aux Etats-Unis et en Europe

Le contexte n’est pas le même aux Etats-Unis et en Europe. En poussant le raisonnement à l’extrême, les banques américaines peuvent faire pratiquement ce qu’elles veulent, notamment sur les marchés financiers qu’elles dominent sans partage, avec par ailleurs une régulation peu comparable à celle infligée aux banques européennes qui croulent sous les multiples contraintes réglementaires ou comptables via les trop fameuses « normes IFRS ». Le deal implicite passé entre les banques US et les régulateurs américains semble être : liberté assez large, profits confortables et dès qu’un litige apparaît, on paie sans sourciller quel que soit le montant…

Pour les banques européennes, le contexte est évidement différent et je constate que progressivement, les banques européennes vont disparaître ou être insignifiantes sur le marché américain et que les marchés financiers vont être dorénavant dictés par les seules banques américaines ou presque. Alors que Deutsche Bank est souvent considérée davantage comme une banque américaine qu’européenne…

Quelle accélération de l’histoire depuis la faillite de Lehman Brothers en 2008 !

J’écrivais déjà un billet en 2013 pour dire que les États-Unis n’avaient jamais été aussi puissants financièrement.

Un diktat américain sur la finance mondiale

Bien sûr, quand des fautes ou des irrégularités ont été commises, elles doivent être sanctionnées et il faut être intransigeant sur ce sujet. Mais comprendre aussi les manœuvres géopolitiques de certaines décisions est indispensable et l’Europe fait preuve parfois d’une naïveté assez désolante.

La gestion américaine des embargos est à cet égard assez édifiante en rappelant que BNPP s’était fait épinglée pour des transactions en dollars réalisées sur le sol américain pour le compte de clients soudanais, iraniens ou cubains. Que des pays soient black-listés est compréhensible, mais que ce soient les Etats-Unis qui décident seuls de l’honorabilité d’un pays parce que les transactions sont libellés en dollars et réalisés à Wall Street, c’est assez hallucinant ! Cela permet d’avoir toujours un temps d’avance, et par exemple, quand les États-Unis lèveront l’embargo sur Cuba (ce que le président Barack Obama a annoncé plusieurs fois), nul doute que les décideurs américains auront un temps d’avance sur ce sujet…

Ce diktat américain sur la finance mondiale s’exerce aussi dans tous les autres secteurs d’activités et l’exemple récent de Samsung est révélateur puisque c’est la Commission américaine de Protection des Consommateurs qui a demandé aux américains d’arrêter de se servir de leur Galaxy 7, suite aux problèmes rencontrés par celui-ci. L’Etat américain a accru la pression depuis, sur le constructeur sud-coréen. Il est simplement à espérer qu’une décision analogue aurait été prise si Apple avait rencontré les mêmes problèmes avec son IPhone…

NB : diktat est un mot allemand dont l’origine remonte au Traité de Versailles de 1919 qui imposa des conditions draconiennes à l’Allemagne et qu’on qualifia pour la première fois de « diktat ». Parler par conséquent de « diktat américain » pour évoquer l’affaire Deutsche Bank me paraît approprié…

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