La crise du Coronavirus démontre la toute puissance de la Banque Centrale Europeenne.

Même si les observateurs les plus avisés se sont félicités des annonces de plans de relance décidés par l’Europe, je dois avouer que l’Europe a raté à nouveau l’épreuve du Covid 19. Aucune concertation préalable dans la gestion de la crise sanitaire en mars, des pays qui décident de fermer les frontières et pas les autres, des gouvernements clamant leur meilleure gestion de la crise que leur voisin …L’exemple le plus invraisemblable ayant été donné par Sanofi ( entreprise française..) qui a indiqué que s’il trouvait un vaccin, les États-Unis seraient prioritaires compte tenu d’une subvention de 200 millions d’euros reçu par le laboratoire français en provenance  de l’Administration américaine ! Une Europe absente par conséquent, une Europe morcelée. Et le plan de relance lancé par É.Macron et À.Merkel ne doit pas occulter ces failles même si celui-ci a été bien accueilli par les marchés. On notera à nouveau que c’est le couple franco allemand qui a été à l’initiative de cette relance comme naguère N.Sarkozy le fit avec la même A.Merkel en 2009 ou encore en 2011 quand l’Italie était attaquée par les marchés financiers !! A onze ans d’intervalle, l’axe franco allemand tente désespérément de donner corps à une Europe exsangue.

On me dira peut être que mon jugement est sévère. Cela est possible mais la dureté du jugement est proportionnelle aux espoirs européens qui sont les miens depuis plusieurs décennies déjà. A chaque crise, l’Europe est incapable de parler d’une seule voix rapidement et de prendre des mesures qui s’appliqueraient ipso facto à chacun des Etats membres.

A l’inverse, à mes yeux, cette crise du Covid 19, démontre la toute puissance de la Banque Centrale Européenne qui a tiré intelligemment les leçons d’une gestion maladroite de la crise de 2009. Mesures de soutien au marché, recours à une liquidité abondante qui a permis par exemple en France de lancer les PGE (Prêts Garantis par l‘État) dont l’utilité est incontestable. En rachetant massivement les titres émis par les Etats, la BCE a réussi aussi à éteindre peu à peu la spéculation qu’il y avait régulièrement sur les titres souverains . Souvenons nous de 2011 où les traders avaient  « shorté  » ( vendu) à tour de bras les obligations émises par les pays européens les plus vulnérables qui avaient été baptisés PIGS ( Portugal,Espagne, Italie, Irlande et la Grèce ) par les banques  américaines. A cette époque, l’Italie était au bord du précipice et même l’Allemagne commençait à être attaquée sur les marchés.

La BCE est la seule véritable incarnation d’une autorité européenne dans ses domaines d’intervention. Même si les banques européennes se plaignent parfois de la rigidité du régulateur européen, elles reconnaissent aussi son utilité et sa rigueur.

Le plan de rachat massif présenté le 4 juin par Christine Lagarde est une nouvelle démonstration de force de la BCE dont le programme de rachat des titres sur le marché a été augmenté de 600 milliards d’euros pour atteindre le chiffre vertigineux de 1350 milliards d’euros.

De fait, la première banque européenne n’est ni HSBC ou BNPP mais bien la BCE ! Certes ce changement de paradigme n’est pas sans risque et beaucoup contestent le fait que la BCE soit sortie de sa feuille de route initiale et que le gonflement exponentiel de son bilan depuis 2011 constitue en soi une zone de crise considérable ! C’est notamment la position des allemands qui s’étaient opposés dès le départ à l’interventionnisme de la BCE.

Si on peut entendre et comprendre ces arguments, il n’en demeure pas moins que la gestion des crises financières et économiques est moins difficile avec un régulateur fort, puissant et craint que dans une situation inverse. La crise du Covid l’aura démontré avec force .

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