La démondialisation n’est pas la solution

Ce serait un réflexe naturel. Quand la tempête se déclare sur l’océan, les marins baissent les voiles et s’en remettent à leur bonne étoile. Dans le domaine économique, le repli sur soi peut aussi être envisagé lorsque la conjoncture se dégrade. C’est l’une des raisons qui explique la montée en puissance du débat sur la démondialisation.

 

Un isolement impossible

Mais un isolement économique volontaire qu’implique la démondialisation est-il possible ? S’il s’agit de fermer la France à ses voisins et au reste du monde, c’est inenvisageable. A moins de sortir de l’Union européenne, d’abandonner l’euro et de rompre avec l’Organisation mondiale du commerce (OMC). L’envisager serait le meilleur moyen de faire exploser une Europe déjà fragilisée par la crise de la dette souveraine. La France prendrait le risque de réveiller de vieilles rancœurs au sein de l’Europe et surtout de créer de nouveaux conflits.

 

Protéger l’économie européenne : exiger la réciprocité

En revanche, parce que nous réalisons les deux tiers de nos échanges commerciaux avec nos partenaires européens, il pourrait être possible de construire une Europe plus forte sur le plan commercial pour mieux faire entendre sa voix face aux émergés. Sauf que l’Europe n’a plus les moyens économiques et financiers de prendre des mesures protectionnistes défensives contre ces acteurs désormais majeurs du commerce mondial. Sinon, elle encourt le risque de subir d’importantes mesures de rétorsion.

Elle a néanmoins la capacité de relever les barrières non tarifaires en réclamant la réciprocité sur les normes techniques, sociales, environnementales ou encore sur l’accès aux marchés publics. Etre membre de l’OMC implique des droits et des devoirs.

 

L’ouverture comme source d’innovation, de compétitivité

Les dirigeants d’ETI que je rencontre régulièrement me l’affirment avec force : l’industrie française ne peut se soustraire au commerce mondial. Elle a trop souffert pour se passer de l’étranger. Résultat, s’ils n’achètent pas leurs composants hors de France, ils ne peuvent moderniser leur outil de production et donc réaliser les gains de productivité qui leur permettent de progresser face à leurs concurrents. Envisagée ainsi, l’ouverture est un jeu gagnant-gagnant. Elle est source d’efficacité pour notre économie. Plutôt que produire à nouveau l’essentiel des biens manufacturés que nous consommons quotidiennement, il est plus pertinent pour l’avenir de consacrer ces ressources à la production de biens à forte valeur ajoutée. Des produits pour lesquels existent des débouchés à l’international.

 

Définir des filières industrielles d’excellence : les ETI en première ligne

Car au final l’essentiel n’est pas là. Le véritable enjeu est celui de notre compétitivité, pas des frontières que nous pourrions ériger. Si l’Europe veut sortir de l’ornière, elle doit, me semble-t-il, s’adapter à la nouvelle donne mondiale en menant une stratégie offensive de renforcement de la compétitivité de son économie et en particulier de son industrie. En France, celle-ci représente encore 15 % de l’emploi marchand et sa part dans le PIB s’élève à 20 %, sans compter les services qui y sont associés. Pour continuer à produire en Europe, il est donc urgent de définir une ou plutôt des politiques industrielles communes. La France tente de le faire avec ses onze filières d’excellence définies par la conférence nationale de l’industrie. L’Allemagne y parvient depuis longtemps. Au lieu de délocaliser à tour de bras, elle a réussi, et notamment les 15 000 ETI qui composent son fameux Mittlestand, à maintenir sur ses territoires les segments les plus hauts en valeur ajoutée et en innovation de la chaîne de production.

Dans le cadre de cette stratégie qu’il reste à fonder, les 4 700 ETI françaises sont incontournables puisqu’elles pèsent 21 % de l’emploi salarié total, 33 % de l’emploi industriel, qu’elles réalisent 31 % de nos exportations et plus d’un quart des dépenses privées de recherche & développement.

 

Le rôle du consommateur pour relocaliser des activités

Comme me le précisait tout récemment un dirigeant d’ETI à peine descendu de l’avion en provenance de Shanghai, il ne faut pas voir peur du monde dans lequel on vit. L’international ne doit pas être envisagé comme une menace mais comme une opportunité pour les entreprises, même si l’environnement actuel encourage les peurs. Et l’on sait que la peur est mauvaise conseillère ! Au regard de son expérience à l’international, ce chef d’entreprise est convaincu que la mondialisation est en passe de s’auto-réguler, via notamment des changements de comportements de la part des consommateurs. Parce qu’ils commencent à prendre conscience qu’il n’est pas normal d’acheter, à Noël, des fraises en provenance d’Argentine, les consommateurs redécouvrent avec envie les produits locaux fabriqués près de chez eux. Il ne faut pas négliger cet aspect des choses. Ce changement dans le mode de consommation influence évidemment les entreprises. Elles n’hésitent plus à relocaliser tout ou partie de leur production car, estiment-elles, fonder sa stratégie sur la recherche effrénée de coûts salariaux toujours plus faibles n’est pas viable sur le long terme. En revanche, imposer sa marque en innovant l’est plus surement.

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