Pourquoi Richard Descoings me manque déjà

C’est ma fille Clotilde qui m’a appris la triste nouvelle. Déjà affairé, pris par mes obligations professionnelles, j’ai reçu une violente décharge électrique. Car je le connaissais bien et l’appréciais pour son courage, sa lucidité, sa curiosité et surtout son extraordinaire compréhension de l’évolution de notre société et du monde économique.

Sa disparition brutale va inciter de nombreuses plumes journalistiques à dresser un portrait flatteur du défunt et à faire son panégyrique. Grand classique me direz vous.

Et pourtant, n’a-t-on pas dit récemment à propos de Richard Descoings qu’il aimait trop la lumière des médias et celle de l’argent (polémique sur sa rémunération) et même que l’évolution de Sciences Po n’était pas aussi aboutie qu’il le clamait !

Que d’hypocrisie et d’attaques injustifiées car nul ne peut nier la formidable transformation de l’école de la rue Saint Guillaume qui est très éloignée aujourd’hui de celle que j’ai connue hier ! Et passons sur la sur-exposition médiatique et la rémunération qui ne méritent pas qu’on s’y attarde car en règle générale c’est plutôt la sur-rémunération de la médiocrité qui m’interpelle…

Mon propos n’est pas d’affirmer que Richard Descoings était un homme sans défauts et que toutes ses initiatives et ses idées étaient exceptionnellement originales et novatrices. Non bien sûr et j’ai même été parfois en désaccord profond avec lui notamment sur les élites et leur reproduction que je dénonçais vigoureusement.

Mais sa force était dans sa compréhension de notre société, sa finesse dans sa capacité à attirer et à fédérer les talents autour de lui et son intelligence dans son empathie, son écoute et son extrême curiosité.

L’ouverture de Sciences Po aux jeunes issus des « zones urbaines sensibles » a été son fait d’arme médiatique mais n’oublions pas que si Richard Descoings a mené cette initiative si fortement décriée c’est qu’il avait pris conscience des blocages de notre société et de notre incapacité collective à faire bouger les lignes dans l’enseignement supérieur.

Sciences-Po perd aujourd’hui un grand Directeur accessible, présent et proche de ses élèves. Richard Descoings avait lutté contre l’immobilisme et réussit à faire de Sciences Po un établissement de renommée internationale. Nul doute que ses étudiants et les anciens élèves seront meurtris ce 4 avril 2012. Et les échanges fréquents que j’avais avec lui sur l’évolution de notre monde, les nouvelles technologies ou la formation des jeunes me manquent déjà.

 

Au printemps, j’avais pu échanger avec R. Descoings sur les conventions Sciences Po. La Revue Civique avait publié l’intégralité de nos échanges (consulter l’article)

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